Racisme? Peut-être.

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Racisme? Peut-être.

Message par Christoph » 21 Mars 2008, 23:57

Deux parties m'ont marquée lors de mes vacances début février.

La partie de Dirty Secrets avec Flavie et Rémi, où nous avions, grosso modo, la situation suivante:

Une fille arabe qui prétend s'être fait subtiliser son scooter avec lequel un enfant a été mortellement blessé.
Elle était sorti avec un noir de bien 10ans son aîné, connu pour être un "sale voleur".
La mère (arabe) s'est tapé à peu près tous les personnages mâles d'une certaine importance dans l'histoire, à un moment où l'autre.
Le noir tue l'arabe.
Les flics blancs mettent le noir en prison.
Le gentil juge blanc est triste.

J'ai parfaitement conscience que nous parlions de gens et pas de leurs cultures ou ethnies respectives au sens large, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'un tel scénario ne passerait jamais à la télé.
Le système nous a un peu guidé dans cet état de fait, mais c'est nous qui avons choisi de faire jouer beaucoup de personnages issus de minorités. Avec le recul, on comprend bien que le problème est... structurel? C'est-à-dire que c'est un ensemble de facteurs sociaux et l'histoire personnelle des personnages qui font que c'est le noir le méchant, dans ce cas précis. C'est pas le fait qu'il soit noir. Hein, dites?

Oui, mais qui me dit que inconsciemment, nous n'avons pas influencé l'issue avec nos préjugés ancrés bien profondément?
Ah, là je suis un peu plus coincé. D'ailleurs, les étrangers ont rarement un rôle reluisant dans les parties de Dirty Secrets. Les non-étrangers non plus d'ailleurs... bon, ça va.


Okay, voici une autre histoire, qui nous vient tout droit de Finlande, où j'ai joué à Zombeja! Ovella! avec Eero (son auteur), Jérôme et Julien.
Nous nous sommes mis d'accord pour jouer dans la Bagdad actuelle, où les étasuniens tentent tant bien que mal de garder un certain contrôle sur leurs fragiles acquis. Personnages:
Membre de l'administration US sur place (Eero)
Soldat US seul rescapé d'une division décimée (Jérôme)
Imam extrémiste (Julien)
Paysan irakien qui a tout perdu et qui demande de l'aide au premier personnage (mescolles)

L'imam a rapidement voulu tourner le paysan contre les américains, ne pas lui laisser de chance de collaborer avec eux pour la reconstruction de sa ferme.
Mon personnage craque et lance une attaque suicide contre un bâtiment plein d'étasuniens. Il s'en ressort de justesse, manque de bol il se rend compte que la gentille dame qui l'aidait à failli mourir par sa faute. Elle aussi s'en rend compte et est furieuse.
Le fermier devient zombi (il avait été infecté par le cadavre de son fils, bien sûr tué par les américains... dixit l'imam).
Ca pète dans tous les sens, les deux persos américains tentent de trouver des preuves qu'il y a de sales secrets concernant une arme chimique et la division décimée du personnage de Jérôme (je ne me rappelle toujours pas si cette arme était sensée être irakienne ou occidentale).
Je joue mes premières scènes zombi, mon personnage a gardé son identité, si ce n'est qu'il se prend pour le prophète Isa (Jésus dans l'Islam) et commence à annoncer l'Apocalypse à qui veut bien l'entendre. Et il est gentil! Il a juste une sale tronche d'écorché carbonisé.
Bref, je joue toutes mes scènes zombis comme si en fait l'infestation était la forme choisie par Allah pour préparer la fin des temps. Les zombis sont gentils, les américains flippent (et finissent par se faire descendre par des soldats américains zombifiés et complètement à côté de la plaque).

Autant dire que nous avons surtout rit jaune pendant cette partie. J'étais fasciné par le sujet de l'Apocalypse musulman, mais... j'ai quand même traité cela avec assez peu de respect: "Vos figures religieuses sont des cadavres animés! Ha! Et elles sont moches!"
J'ai vraiment dit ça?


Je suis toujours fasciné par la manière dont j'aborde les sujets via le jeu de rôle. Souvent, il y a des différences assez cruciales d'avec ce que je tiendrais dans un discours rationnel et "réfléchi".
Je ne sais pas si j'aurais pu parler d'une telle chose de manière aussi sérieuse (j'étais fasciné, je ne disais pas ça pour "déconner", comme je l'aurais peut-être fait en dehors du cadre d'une partie de jeu de rôle).

Je n'ai pas de réflexion profonde à faire, je veux juste amener ce genre de discussions de manière plus fréquente sur le forum, peut-être qu'à terme je trouverai des mots pour décrire le malaise que j'ai ressenti lors de ces deux parties. C'est un malaise très intéressant, je ne veux surtout pas l'éviter à l'avenir, je veux juste le comprendre.

Encore une fois (un peu comme avec le sexe) ce n'est pas un rapport de partie aussi carré que ceux que je fais d'habitude (disons que j'ai déjà discuté le fonctionnement des deux jeux dans d'autres sujets).
S'il y a quoi que ce soit qui vous échappe au niveau de la fiction, des décisions que les joueurs ont prises ou encore de l'impact des règles sur ce qui est arrivé, je vous en prie, n'hésitez pas à exiger de moi des réponses et de la rigueur...
Christoph
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Message par Frédéric » 24 Mars 2008, 22:08

C'est très intéressant comme témoignage.
Disons que si je joue un blanc, je n'aurais aucun scrupule à en faire un enfoiré. Si je fais la même chose avec un musulman, une féministe, un communiste ou un homosexuel, je vais rapidement passer pour un connard.

Du coup, quand je joue une femme, je m'attache à essayer de la rendre humaine (donc avec des points négatifs) en évitant tous les écueils dont j'aurais conscience (femme fatale, féministe mal bais... etc.).

Maintenant, à mon humble avis, je pense que pour que cela soit possible (une réflexion sur le personnage), il faut pouvoir prendre le temps de réfléchir à son personnage d'un point de vue psychologique à sa création. Et ce que j'ai trouvé à Zombeja, c'est que l'on ne prenait pas ce temps. Du coup, c'est souvent la première idée qui nous vient concernant la fiction qui passe. Et mon personnage homosexuel n'avait rien d'humain, c'était une vilaine tante (plutôt courageuse, et altruiste quand même, mais en dehors des dilemmes ammenés par le système de jeu, mon personnage était grotesque).

Pourtant, je déteste la misogynie, je ne suis pas "homophobe", le racisme est pour moi une abomination etc. Mais je ne garantis pas d'éviter ces écueils durant des parties en impro totale.

Et là, bien sur, on peut discuter 100 ans autour de : "ouais, mais du coup on laisse parler nos penchants enfouis etc." Mais pour ma part, je pense plutôt que si l'on ne prend pas le temps de réfléchir, on simplifiera toujours à l'excès et on tombera dans de vilaines carricatures.

C'est le premier problème auquel j'ai été confronté lors des premiers playtests de Psychodrame. (cf. le rapport de partie "Chalet pas l'inviter" : http://www.silentdrift.net/forum/viewtopic.php?t=928).

Je n'ai pas joué à Dirty Secrets, donc je ne sais pas si ce que je dis s'applique à ce jeu, qu'en penses-tu ?
Frédéric
 
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Message par Romaric Briand » 25 Mars 2008, 15:30

Je suis toujours fasciné par la manière dont j'aborde les sujets via le jeu de rôle. Souvent, il y a des différences assez cruciales d'avec ce que je tiendrais dans un discours rationnel et "réfléchi".


Je pense que c'est du à l'accélération du temps dans les parties.
A part pour les combats dans le JDR classique, le temps s'écoule très vite...
De plus nos paroles et nos actions sont "rendues difficiles" par des questions du type "que pourrait penser mon perso ? Comment va-t-il réagir". dans la vie de tous les jours, ou au cours d'une discussion dans la réalité, on n'a pas a réfléchir à cela.
Nous sommes comme des ordinateurs.
Dans la réalité : on a juste le logiciel de réfléxion ouvert.
Dans un JDR : on a le logiciel de reflexion et le logiciel d'imagination et le logiciel de "que pourrait penser mon perso".... ça prend de la ressource ! ON finit par bugger ! Notre reflexion est forcement moins profonde.

Je réfléchis encore aux questions délicates que tu soulèves dans ton rapport... ce n'est pas mon dernier mot.
Un personnage de fiction souhaitant s'incarner dans la réalité... Les rolistes sont mes proies...
http://leblogdesens.blogspot.com/
http://sens.hexalogie.free.fr/
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Message par edophoenix » 25 Mars 2008, 20:07

Sens (Romaric Briand) a écrit :
De plus nos paroles et nos actions sont "rendues difficiles" par des questions du type "que pourrait penser mon perso ? Comment va-t-il réagir". dans la vie de tous les jours, ou au cours d'une discussion dans la réalité, on n'a pas a réfléchir à cela.
Nous sommes comme des ordinateurs.
Dans la réalité : on a juste le logiciel de réfléxion ouvert.
Dans un JDR : on a le logiciel de reflexion et le logiciel d'imagination et le logiciel de "que pourrait penser mon perso".... ça prend de la ressource ! ON finit par bugger ! Notre reflexion est forcement moins profonde.




Je sais que comparaison n'est pas raison, mais j'aime bien ta manière de présenter les choses... Par contre, il y a un je ne-sais-quoi qui me turlupine. Je vais y réfléchir.
"Le Paradis, c'est un roman devant un bon feu ! " - Théophile GAUTHIER.
"Toute notre dignité consiste donc en la pensée " - B. PASCAL, Pensées.
"Si le monde n'a absolument aucun sens, qu'est-ce qui nous empêche d'en inventer un?" - Lewis Caroll, Alice au pays des Merveilles.
"Vouloir nous Brûle, et Pouvoir nous Détruit" - H. de Balzac, La Peau de Chagrin.


La ludologie, c'est bon, mangez-en !
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