[S/lay w/me] Contrôle partagé et crédibilité

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[S/lay w/me] Contrôle partagé et crédibilité

Message par Christoph » 16 Juil 2010, 14:52

Salut

Ça fait une éternité que je voulais écrire et poster ce fil, mais je manquais de recul et d'expérience, mais après avoir rejoué avec Frédéric récemment, je peux combiner avec mes parties avec Lionel pour en faire quelque chose d'intéressant j'espère, et que l'attente en aura valu la peine (j'avais dit à Guillaume et à Frédéric que j'en lancerais un en octobre 09...)
Ce fil a pour but de reprendre la discussion de la « sauvegarde de l'image d'un personnage » du fil [Dirty Secrets] Qui est le protagoniste?, mais j'aimerais dans un premier temps que l'on évite de parler de protagonistes et autres protagonismes, afin de d'abord se mettre d'accord sur les notions de contrôle, propriété et crédibilité.
Ce fil fait également référence à Prosopopée : Synesthésie velue, où nous avions pour la première fois évoqué la notion de propriété (me semble-t-il) sur ce forum, mais que j'avais laissé en suspens faute d'idées.


Le jeu

Ce jeu est une des dernières créations de Ron Edwards et ça permet de jouer des aventures héroïques à la façon de Conan le Barbare (tel qu'écrites par Robert E. Howard) ou de Fafhrd et le Souricier Gris de Fritz Leiber. Il se joue à deux.

« Tu » joue le héros ou l'héroïne, « je » joue le Lieu où le héros / l'héroïne à un objectif (choisi par « tu ») à accomplir, le Monstre et l'AmantE (que le héros / l'héroïne sera amenéE à étreindre/emmener/abandonner). Bon, ça me navre, mais comme c'est un terme qui change trop du masculin au féminin sans raccourci facile je vais arrêter d'écrire les deux formes (je fais exprès d'éviter protagoniste).

Le principe fondamental de ce jeu est le « Go », une sorte de tour de jeu durant lequel un des deux joueurs est le contributeur principal et qui a la responsabilité de faire une description qui fasse avancer les choses. Pour « je », ceci peut se faire via le monstre, via l'amante, via d'autres personnages ou même des événements du monde, pour « tu » cela se fait via les actions du personnage (mais avec leurs conséquences, un peu comme dans Polaris avec des chevaliers pour ceux qui connaissent).

Si j'ai envie de parler de ce jeu, c'est parce qu'il est très explicitement ouvert au partage des éléments, malgré ce que je viens de dire au-dessus.
Ainsi, « je » pourrait tout à fait intégrer des actions du héros dans sa narration et « tu » pourrait décrire certains aspects du Monstre. Il est certes entendu que les contributions viennent majoritairement d'un joueur pour son propre rôle, mais le texte insiste que le jeu fonctionne mieux quand on est généreux sur le partage.
Ce qui n'est en revanche pas négociable, ce sont certaines décisions très précises:
  • les actions du héros ou du monstre qui comptent véritablement dans leur opposition (« tu » et « je », respectivement)
  • les actions qui visent à rapprocher le héros de l'amantE ou de son but de manière décisive ( « tu » exclusivement)
  • ce que l'héroïne obtient et ce qu'elle n'obtient pas au terme de la partie ( « tu » en fonction de ses résultats aux dés )
  • le choix de faire revenir unE amantE (« tu ») ou un monstre invaincu (« je ») dans une prochaine partie
Ce sont aussi les points qui sont le plus formalisé (dés ou choix binaires).

Ainsi, le héros n'est peut-être pas joué exclusivement par « tu », mais ce qui est sûr, c'est que les choses essentielles qui doivent lui arriver sont clairement entre les mains de « tu ». Le personnage n'appartient pas au joueur, seulement certaines décisions bien précises, visant à obtenir un effet d'opposition constructive entre les deux joueurs. Sur ces points, le consensus n'est pas souhaité.

Avec Lionel, nous avons fait deux manches dont je ne rapporte qu'une seule, assez courtes (1h chacune, plus explication des règles), en changeant les rôles à la fin de la première. A relire le livre et d'après d'autres comptes-rendus, nous avons joué à un rythme plutôt soutenu.
Avec Frédéric nous avons pris plus de temps, avec des pauses importantes dans la partie.


La bonne brute (Lionel)

Lionel nous a fait un bon vieux mercenaire de derrière les fagots, se trimballant avec une énorme hache à double-lame et une armure composée au fur et à mesure qu'il en prélevait des bouts sur ses adversaires vaincus.
Lionel décide que son perso arrivera dans une grande plaine où l'on cultive le blé à perte de vue (ensuite, c'est à moi de reprendre ce lieu sous ma responsabilité) et qu'il désire autant que possible s'enrichir lors de son passage.
Je crée le monstre (un esprit du vent qui se manifeste sous forme de tornade, demandant des sacrifices auprès de la population en échange de sa protection) et l'amante (la fille du chef du village). Je dois inclure l'amante dès mon premier « Go » (tour), sans avoir besoin de préciser qui c'est.
Nous jouons un peu la rencontre entre le mercenaire et les paysans, la tension est relativement élevée (va-t-il les détrousser?) Mais à part faire son malin, il n'est pas plus menaçant que cela. Puis, le monstre apparaît au loin. Les paysans s'affolent et s'empressent de s'enfuir avec leurs récoltes. Le guerrier couvre leur retraite en se posant face à la tornade qui avance (ici, nous commençons à prendre quelques dés: Lionel parce qu'il rapproche son personnage de son but, et moi parce que je fais agir le monstre). La scène se termine sur un simple face à face, les deux parties semblent ne pas vouloir s'affronter encore.
La fille du chef vient à lui pour lui proposer un marché: la réserve d'or du village s'il détruit le monstre (et ça, c'est Lionel qui l'a introduit en se servant de l'amante, car le but de son personnage, dont il est le seul responsable, était de trouver un trésor). Il accepte, attiré par l'appât du gain et... peut-être pour la fille? (Un dé pour son but, un dé pour le rapprochement avec l'amante.)
S'ensuit un combat épique où le monstre vient entourer le village tel un ouragan, le guerrier défie le monstre verbalement, qui se manifeste tel un aigle composé des poussières aspirée par les courants d'air d'une grande violence. (On accumule encore un peu des dés, mais c'est pas évident pour Lionel, vu que c'est pas vraiment lié à sa recherche de richesses: je lui ai proposé de décrire comment le monstre, soulevant la terre, fait pleuvoir des gemmes. Il préfère ne pas prendre cela à son compte, alors c'est moi qui inclut une supercherie de la part du monstre, essayant d'appâter le guerrier par des promesses.)
Mais le mercenaire veut honorer son contrat. Alors que le vent se resserre de plus en plus autour de lui, le soumettant à une forte dépression, la fille tente de venir à sa rescousse, mais elle est projetée au loin d'une bourrasque de vent (je crois que cela est venu exclusivement de moi, mais je ne suis plus sûr). Le guerrier hurle et projette sa hache en direction de la tête de l'aigle....
Nous sommes arrivés à la fin de la récolte de dés (ça dépend d'un nombre que « je » choisit en cachette, de sorte à ce que « tu » ne sache pas exactement combien de temps va durer la confrontation) et donc nous passons à une autre phase: Lionel peut acheter une réussite pour chaque paire de dés dont la valeur est plus élevée que mon résultat le plus faible. Il décide donc de tuer le monstre et que les bardes racontent sa légende pendant de nombreuses années encore. Ce qu'il n'achète pas, il le perd! En particulier: sa vie, son but (bon de toute façon...) et l'amante.
On continue à jouer à coups de « go » où Lionel intègre ses choix: la hache tire un cri strident du monstre, avant de retomber et se ficher dans son thorax. Il rejoint la fille et ils meurent dans les bras l'un de l'autre. Un garçon s'approche de la scène et se jure de raconter cette histoire quand il sera grand.
Je passe à une scène ayant lieu dans le futur, où l'on voit le village en ruine (le monstre était aussi le protecteur...) et un arbre vigousse a poussé là où les amants sont morts.
Un des buts de « je » est que à terme, le héros reste avec une amante. D'un point de vue romantique, Lionel a réussi.


L'opportuniste (Frédéric)

Cette partie a eu lieu mi-juin, mais je n'avais joué qu'une seule fois depuis la partie avec Lionel. J'ai poussé pour une partie plus élaborée, en insistant sur le fait que nous pouvions prendre notre temps, que nous allions commencer par décrire le monde, etc. Frédéric ne s'est pas laissé prier.
Il a choisi de jouer Karl, un «hors la loi pourchassé, endurci et aigri, mais gardant toujours espoir » dans le « monde secret du dernier sortilège du Seigneur Fou » (on choisit les descriptifs de base pour le héros et le monde parmi une liste). Comme nous étions chez Romaric, je m'étais gavé de visuels de carte Magic, et celui-ci m'avait frappé. Ça me faisait penser à une mante, et comme nous avions fait le jeu de mot « la mante <-> l'amante » déjà quelques fois, j'ai repris ce monstre en l'appelant « naxalithe ». J'avais également l'idée d'une ville avec des gratte-ciels monolithiques en tête. De fil en aiguille, nous avons décrit cette ville comme disposant d'une géométrie à faire passer Escher et la ville de Sigil (du monde PlaneScape pour D&D) pour des débutants. Les habitants étaient des humains à tête de corbeau.
Pour faire court, Frédéric a détruit le monde, blessé la naxalithe et s'est cassé avec la prêtresse qui justement était censée empêcher la naxalithe de détruire le monde. Au contraire de ce que ce résumé laisse paraître, c'était une très belle partie.

Quelques exemples pour décrire l'idée du partage d'autorité. Frédéric a décrit la rencontre d'un homme durant son go. Je me demandais où il voulait en venir, alors je lui ai dit de continuer. Il m'a regardé pour tout de bon, puis il a raconté que cet homme lui indiquait le chemin vers « Chasseur », un homme corbeau particulièrement important. Nous venions de jouer sur la possibilité de dépasser les domaines privilégiés de chaque joueur afin que Frédéric fasse avancer l'histoire un peu plus.
À un autre moment, alors que je décrivais l'amante menant une procession, tous tête basse, je décide de me saisir du héros et de décrire comment il dépasse la procession et tourne la tête pour regarder l'amante alors qu'il arrive à sa hauteur. Elle lève la tête et leurs regards se croisent. Je venais de passer dans le domaine de Frédéric, afin de mettre en scène les deux personnages, plutôt que de laisser le héros comme spectateur passif de ma description. Et ça n'a posé aucun problème, cela n'avait rien de discutable que Karl fasse cela, c'était même une belle façon de le faire rencontrer l'amante.
Un autre exemple est au cours du combat entre l'humain et la naxalithe: Frédéric décrit comment il pose des charges explosives à différents endroits des égouts et notamment juste en-dessous d'une route. Sa narration de « go » décrit l'explosion de la charge alors que la naxalithe traverse la rue en-dessus, ce qiu la projette à plusieurs mètres de hauteur. Au vu de la géométrie particulière de la ville, sa structure menace de se briser en deux et la « gravité » disparaît de cette rue. Le « go » finit sur la disparition du monstre dans les cieux. Fréd' vient de décrire le déplacement du monstre, une modification substantielle du monde et les effets sur le monstre, sans me demander la permission.


Où je veux en venir

Tout ça c'est pour dire que les éléments de l'espace imaginé et partagé (Couleur*(Système*(Situation=Personnage+Univers))) peuvent être partagés, mais il faut faire attention à la manière dont c'est partagé. Eero Tuovinen met en évidence qu'il faut faire attention à ce que les moments de choix (de la part du joueur) ne comportent pas d'ambiguïté et qu'il puisse conserver un sentiment de propriété sur un certain enchaînement de choix.
Un partage bien chiadé permet d'obtenir des personnages crédibles, condition sine qua non pour faire du jeu de rôle, à mon sens.

N'hésitez pas à me poser des questions sur la partie pour que j'approfondisse certains exemples. Je vais essayer de faire plus attention à ces choses à l'avenir et peut-être écrire un autre rapport dans ce style (basé sur un autre jeu) d'ici quelques temps.
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Re: [S/lay w/me] Contrôle partagé et crédibilité

Message par Frédéric » 16 Juil 2010, 15:44

Pour ma part, pendant la partie, j'ai eu du mal à percevoir ce que j'avais le droit de narrer ou pas. Mais je pense que ça vient avant tout de ma fatigue entrainant une difficulté à me concentrer.

Mais je remarque en effet que les nuances et le partage apportent plus de synergie narrative, tout en me faisant penser que la posture d'acteur est peut-être plus intuitive...
Dans Psychodrame, quand les joueurs cadrent leurs scènes, assez naturellement, ils disent ce que font les PJ des autres joueurs, mais une fois que tout le monde s'est mis en posture d'acteur, plus personne n'en sort.

C'est un peu comme la règle du "dernier mot" dans Zombie Cinema, je n'ai jamais réussi à la mettre en œuvre dans mes parties, les joueurs ont un peu de mal à assimiler et à utiliser ces règles un peu floues pour eux...
T'en penses quoi ?
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Re: [S/lay w/me] Contrôle partagé et crédibilité

Message par Christoph » 20 Juil 2010, 11:10

Hello Frédéric

Ce que tu dis pour le cadrage des scènes dans Psychodrame est également le cas dans Zombie Cinema. Comme c'est un moment clairement distinct du corps de la scène, il n'est pas trop difficile de passer de la posture de metteur en scène à celle d'acteur.

Je n'ai jamais constaté de difficultés avec le « dernier mot » à ZC. Celui qui obtient la narration de fin de scène raconte la fin de la scène, parfois en intégrant une suggestion, je ne vois pas ce qu'il y a de flou. Peut-être que je n'ai pas fait assez attention.

J'aimerais qu'on recentre sur la notion de contrôle partagé, mais il me vient à l'esprit que c'est peut-être ce que tu voulais faire avec ces deux exemples. Si c'est le cas, je ne comprends pas très bien et je te demande de développer l'un ou l'autre stp. Sinon, je préfère qu'on se concentre pour le moment sur S/lay w/me et le rapport de ces deux parties (si tu as des questions de règles sur ZC je préfères que tu ouvres un sujet dans ma rubrique).
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Re: [S/lay w/me] Contrôle partagé et crédibilité

Message par Lionel (Nonène) » 22 Juil 2010, 11:12

Pour ma part, j'avais adoré les deux parties avec Christoph (il n'en parle pas vraiment mais nous avons fait une deuxième partie en suivant celle de la bonne brute, c'était dans un labyrinthe et nous avions inversé les rôles).

A l'époque je venais de terminer la lecture de l'intégral de Conan, j'ai eu vraiment l'impression de vivre des aventures à la Conan. Une expérience vraiment extraordinaire.
Lionel (Nonène)
 
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Re: [S/lay w/me] Contrôle partagé et crédibilité

Message par Frédéric » 22 Juil 2010, 11:59

Ah, oui, en y réfléchissant, je crois savoir ce qui m'a perturbé :
J'avais gardé à l'esprit que toi tu contrôlais la bête et le monde, alors que moi je contrôlais le héros (et je ne suis même pas sûr d'avoir fait gaffe à ma responsabilité concernant l'amante au début de la partie).
Alors qu'en fait, c'est plus proche d'une posture de Metteur en scène pour tous les deux avec une priorité de responsabilité d'un joueur sur certains éléments et de l'autre joueur sur le reste.
Frédéric
 
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