Monostatos (première partie) - La Tour sans Fin

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Monostatos (première partie) - La Tour sans Fin

Message par imajica » 04 Mars 2013, 19:18

Bonjour a tous.

J'ai enfin pu tester Monostatos le weekend dernier et bien que j'ai trouvé l'exercice périlleux il m'a laissé avec beaucoup à penser.

Les conditions :

D'un coté moi-même, Jonathan, à qui il tardait d'avoir une occasion de tester le jeu ; de l'autre mon cousin Stéphane que j'ai réussi à convaincre de tester un style de jeu différent de celui que nous faisons d'habitude. Je précise que nous sommes tous les deux habitués des jeux de rôle traditionnels et que je n'ai, hélas, qu'une partie de jeu à narration partagée à mon actif.

Après une bonne heure et demi de présentation du jeu et de son système nous passons bien une heure à créer le personnage puis je choisi le lieu. Je décrirai d'abord le personnage puis la partie en respectant de mon mieux le découpage des tableaux avant d'énoncer mes remarques et questions point par point.

Le Personnage :

Kainios, jeune maitre d'armes héritier d'une famille d'opposants politiques au culte de Monostatos.

Souffrance : Le culte à détruit ma famille pour des divergences politiques.
Vertu : Je défend le libre arbitre, car le destin de chacun ne doit pas être gravé dans le marbre à sa naissance.

Singularité Surhumaine : Je peux voir les faiblesses de toutes choses, êtres, structures, convictions, et frappe toujours à l'endroit le plus vulnérable.

Singularité : Je maitrise parfaitement toutes sortes de techniques de combat.

Singularité : Mon comportement exemplaire et mes actions contre l'injustice poussent les gens à la réflexion et éveille en eux le désir de liberté.

Le lieu :

Je décide que nous jouerons sur le chantier de la tour sans fin car je pense que la condition des ouvriers dévoués à ce chantier insensé sera propice à éveiller la révolte du personnage de Stéphane.

Objectif :

Faire se terminer le chantier de la tour, avec caché derrière l'envie que les ouvriers puissent décider par eux-mêmes de quoi faire de leur vie ensuite.

La partie :

- [Moi] : Je décris d'abord à Stéphane comment son personnage voyage vers la tour en compagnie d'une caravane de ravitaillement. Je lui décris la caravane, les hommes peinant sous leur charge… Ils traversent le désert, la silhouette de la tour se découpe à l'horizon sur le ciel plombé. Alors qu'ils progressent, ils sont entourés de brumes de chaleur qui rendent le paysage bordant la route mouvant et peuplé de silhouettes inquiétantes. Une étrange musique emplit l'air. Les caravaniers lèvent des visages inquiets vers les étendues désertiques mais un prêtre étend les bras d'un geste protecteur et les encourage à continuer. Au fur et à mesure qu'ils approchent de la tour les mirages se dissipent. Laissant place au chantier et à la ville de tentes qui s'étend autour.

Je m'accorde 4 points de puissance pour la description de la menace du désert.

- [Stéphane] me décrit comment il visite le chantier et s'attarde pour parler aux ouvriers, il les interroge sur leurs conditions de travail et leur vie, leur apporte de l'eau. Il parle en particulier à un jeune homme et lui demande s'il n'aimerai pas pouvoir changer de vie, choisir son destin, peut être partir avec une caravane. L'homme lui répond surtout par l'apathie collective qui règne sur les ouvriers du chantier mais reste interloqué par les questions de notre héros.

Je dit à Stéphane qu'a mon avis il a bien mis en avant la vertu de son personnage et qu'il gagne 2 points de puissance, plus 1 pour l'insistance qu'il a mis sur les souffrances des ouvriers.

- [S] continue d'arpenter le chantier et va discuter avec un prêtre de la secte du verre occupé à mesurer et à noter l'avancement des travaux. Il l'interroge sur le but de la construction de la tour, quand les travaux seront-ils finis. Il lui parle des conditions de vie des ouvriers qui naissent et meurent sur un chantier apparemment sans fin et tente de le convaincre qu'il est peut être temps de déclarer la tour achevée et de passer à autre chose.

Nous jouons le conflit qu'il remporte, il utilise immédiatement ses deux points de désir pour faire du prêtre un allié et avancer vers son objectif, le prêtre va parler à ses confrères des conditions de vie des ouvriers et faire de son mieux pour améliorer les choses.

- [M] Je décris à présent comment, le soir venu, des caravaniers invite Kainios à le rejoindre avec les ouvriers chez les prêtres de la secte de l'éther. Il les suit jusqu'à un groupement de tentes bariolées d’où filtre une musique entrainante. Sous la tente, les ouvriers mangent et boivent une bière très forte qui les enivre rapidement, d'autres fument de l'herbe dans un coin ou se prélassent dans les bras de jeunes femmes légèrement vêtues au milieu de parfums délicats. Un prêtre vêtu de façon exubérante donne le ton et enchaine les libations à la gloire de Monostatos tandis que ses collègues veillent à ce qu'aucune coupe ne soit vide. Je décris comment le prêtre vante la gloire du dieu de l'humanité, qui chérit si bien ses fidèles après une dure journée de labeur, et est rejoint par de nombreux ouvriers qui se joignent à ses louanges.

Les habitants du lieu louent Monostatos et se réjouissent de sa domination, 4 points de puissance pour moi.

- [S] souhaite réagir directement à ces effusions et il porte un toast "aux esclavagistes, aux oppresseurs et à tous ceux qui condamnent l'humanité à une courte vie de servitude", défiant la salle du regard. Le silence se fait dans la tente, mais le prêtre de la secte de l'éther réplique par une pirouette ironique et la fête reprend comme si de rien n'était. Stéphane précise que quelques ouvriers quittent tout de même les lieux discrètement, l'air songeur.

Je ne me souviens plus si Stéphane à récupéré des points pour sa vertu à ce moment, ou simplement pour (à nouveau) avoir décrit les souffrances des habitants.

- [S] Dans la même soirée, Kainios va parler à nouveau avec le jeune ouvrier de la journée précédente. Il essaie de le remuer, de le faire réfléchir à sa condition, il lui parle de son père qui est mort sur ce chantier, et de son fils qui y mourra probablement aussi sans avoir rien connu d'autre de sa vie.

Je trouve à ce moment les arguments et l'interprétation de Stéphane touchante et concède immédiatement l'affrontement.

Le jeune ouvrier (que nous appelons Knoum), décide que cette situation à trop durée et jette sa bière à terre avant de sortir de la tente. Stéphane dépense à nouveau ses deux points de désir immédiatement pour faire du jeune homme un allié et considérer qu'il avance dans on objectif en enjoignant Knoum de convaincre un maximum d'ouvriers de ne pas se rendre au chantier le lendemain, de simplement se reposer et passer du temps avec leurs familles.

- [M] Je décide que ces événements ne peuvent pas passer longtemps inaperçus et alors que la matinée du lendemain avance les prêtres semblent inquiets et agités, se demandant ce qui a bien pu arriver à leurs ouvriers. Des prêtres de la secte du fer font une descente sur les quartiers d'habitation et malmènent les ouvriers, menaçant les familles.

Pas très subtil je l'avoue, mais je m'accorde tout de même des points de puissance, considérant ces exactions assez proche de la souffrance du personnage.

- [S] réagit immédiatement et je préfère lui passer la main. Il exhorte le prêtre de la secte du marbre de revenir à la raison. Il en appelle aux bons sentiments des prêtres et à leur morale, arguant qu'un dieu qui prétend vouloir le bien de l'humanité ne peut pas traiter ses fidèles aussi cruellement.

Je manque d'imagination et de motivation pour une nouvelle joute verbale, mon prêtre du marbre perd patience et ordonne qu'on se saisisse de ce fauteur de troubles. Nouvel affrontement

Des prêtres de la secte du fer le saisissent fermement mais sans le blesser. Curieusement, alors que je m'attendais à une résistance physique, Kainios continue d'essayer de raisonner ses opposants. Le prêtre de la secte du marbre lève alors une main ridée et en appelle au dieu de l'humanité de faire taire celui qui met en péril l'harmonie de ses plans et Kainios se retrouve bâillonné par un sceau de marbre. Il décide de concéder et se retrouve mis au pilori, à l'écart du chantier.

- [S] Moment de flottement concernant la suite des opérations, Stéphane se sent frustré de l'échec du conflit et peine à trouver comment se sortir de cette situation. Je lui suggère de faire intervenir un allié, il persiste dans sa voie de tenter de convaincre le prêtre qui le garde qu'il se trompe d'ennemi. Je lui fait remarquer qu'il manque de points de puissance pour entamer un nouveau conflit et lui suggère (comme j'ai du lui rappeler souvent au cours de la partie) d'utiliser sa scène pour en gagner. Il répugne à évoquer la souffrance de son personnage et tente de manière hésitante d'exposer sa vertu au prêtre.

Je ne suis pas convaincu mais estime que je ne peux pas lui refuser ses points de puissance, il entame sur sa lancée un conflit pour convaincre le prêtre de le libérer et de se battre pour défendre les ouvriers. Il me souligne son désir de trouver une issue non violente à l'histoire. Il met en avant la façon dont il s'est comporté avec tous, invoquant sa singularité et je concède assez rapidement.

A nouveau il utilise ses points de désir pour faire du prêtre son allié et avancer dans son objectif.

Avec ses trois alliés dans trois branches importantes du chantier et ses trois points dépensés dans l'objectif, Stéphane raconte comment le chantier est sapé de l'intérieur par les ouvriers qui refusent de continuer à travailler. Certains prêtres de la secte du verre et de la secte du fer les soutiennent et refusent de perpétuer une œuvre qui cause plus de souffrance que de bien. Devant cette pression les prêtres de la secte du marbre n'ont plus qu'a se draper dans leur dignité et concéder la fin de ce chantier, mais il n'oublieront pas facilement le jeune agitateur public. Stéphane décrit comment chacun part essayer de trouver une vie qui lui est sienne, participant à nettoyer les oasis polluées par exemple, libres mêmes de servir Monostatos tant que c'est par choix. Je conclue sur l'image de la tour sans fin et inachevée qui se dresse toujours aussi insensée au milieu du désert mais désormais seule et silencieuse, vide, dans la poussière.

Précisions :

L'ambiance autour de la table, il faut le préciser, n'était pas idéale. Il y a eu beaucoup d'hésitation des deux cotés et beaucoup d'incompréhensions fondamentales : des choses qui à moi me semblaient logiques ne l'étaient pas pour lui comme nous le verrons plus loin (alors que, je dois le préciser, nous faisons du jdr ensemble depuis 15 ans).

Je dois dire également que nous avions deux attitudes fondamentalement différentes envers la partie et le jeu : moi, inexpérimenté mais déjà convaincu ou en tout cas mu par un a priori positif ; et de l'autre Stéphane, ne cachant pas son scepticisme parfois, digressant vers l'humour souvent.

Sur ces points je plaide coupable, j'avais tellement envie de jouer à Monostatos et mes options pour jouer à du jdr étant tellement limitées en ce moment que j'ai profité d'un vide d'activité (on fait quoi ce weekend ?) pour proposer une partie à quelqu'un qui, je le savais, serait difficile à séduire.

Vous verrez que mes commentaires ne peuvent se détacher totalement de cet aspect "ce qui pose problèmes aux joueurs traditionnels dans les jeux à narration partagée".

Il a néanmoins joué le jeu et y a pris, de son propre aveu, du plaisir. Il n'a pas éliminé l'option de rejouer à Monostatos ou a des jeux à narration partagée.

Précision supplémentaire : pour les issues des affrontement et les affaiblissements, j'ai utilisé les règles de base plutôt que la variante proposées par Fabien (affaiblissement automatique en cas d'échec de l'affrontement). Je la trouvais trop dure, surtout à deux joueurs (et esthétiquement j'aimais l'idée d'un affaiblissement subit par hubris, par orgueil) mais a l'issue de cette partie je pense que je me trompais.
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Re: Monostatos (première partie) - La Tour sans Fin

Message par imajica » 04 Mars 2013, 19:21

(suite)

Commentaires et Questionnements :

- La singularité surhumaine a posé problème très rapidement. J'avais l'impression que Stephane cherchait le moyen de trouver un superpouvoir à tout faire (avoir toutes les capacités d'un humain, mais décuplées ; pouvoir plier l'espace et le temps ) et lui que je le bridai. Mon impression était que ces capacités n'étaient pas assez précises et ne rentraient pas dans l'esthétique du jeu, contrairement à la dernière qu'il a trouvé mais qu'au final il n'a jamais utilisée. Avez-vous eu le même problème ? Comment gérez vous ce point ?

- La question des interruptions de scène s'est posée assez rapidement. Il y a eu plusieurs moments où je cadrais une scène et ou Stéphane voulait faire intervenir son personnage pour interrompre une action en cours. La plupart du temps je résolvais le problème en terminant ce que j'avais à dire et en lui passant immédiatement la main. Est ce une bonne façon de faire ? Peut on considérer dans ces cas que le personnage "entre" dans le tableau du meneur et y amorce un conflit ? Et l'inverse ?

- Jouer à deux. Stéphane a trouvé que ca manquait de dynamisme, principalement parce que son imagination était beaucoup sollicitée (devoir cadrer deux tableaux successifs), spécialement pour une première partie où il faut de plus se saisir des mécaniques du jeu. Le voyant parfois peiner à inventer la suite je pense qu'il a raison mais de mon coté j'ai apprécié cette histoire toute centrée sur le parcours de son héros et avec un peu plus d'expérience du jeu ce doit être fabuleux.

- Les affrontements sociaux ont été un gros point de difficulté entre nous deux pour de nombreuses raisons que je vais tenter de détailler ici, d'autant plus que Stephane (je pense en partie par défi envers le jeu, peut être par amusement ou conviction) a refusé tout autre type d'affrontement.

Le personnage de Stéphane faisait beaucoup de déclarations grandiloquentes (dont certaines que j'ai trouvées superbes, comme le toast) et passait beaucoup de temps à parler au pnj's (ouvriers, prêtres…) en essayant de les pousser à réfléchir sur leur condition et leurs actes. Il m'a dit qu'il aurait aimé que ces déclarations aient un réel impact sur le jeu (autre que lui donner des points de puissance) mais de mon coté je trouvais qu'il n'allait pas assez loin, il ne déclenchait pas d'affrontement suite a ses déclamations ou ses conversations. Aurais je du être plus réactif et considérer chaque diatribe comme un affrontement ?

De manière générale je trouvais qu'il se contentait de peu, sommant les pnjs à réfléchir, à se poser des question et trouvant cela suffisant. Cela ne me satisfaisait pas en tant que joueur et en tant que personne mais également en temps que garant d'un univers où les ouvriers (même sommés de se poser des questions) d'une part ne connaissaient pas d'autre vie et de l'autre étaient noyés dans les bienfaits de la société monostatique (confort, plaisirs…). Ce n'était pas pour moi suffisant pour faire changer les choses. Je le poussais à au moins suggérer d'autres voies à ses interlocuteurs, leur faire entrevoir les bienfaits d'une autre vie ; lui se cachait derrière son soucis de préserver le libre arbitre de chacun, de ne pas influencer leur jugement. Compliqué.

Il m'a avoué qu'il était également perturbé par mon interprétation de l'influence de Monostatos sur le monde. Il trouvait la situation trop ambigüe, les ouvriers étant finalement bien traités, tant qu'ils restaient dans le rang. L'ambigüité du caractère de Monostatos est quelque chose auquel je tiens beaucoup, mais lui aurait préféré qu'il soit plus méchant.

Un gros problème était que dans beaucoup de ses discussions il essayait de me convaincre moi en tant que personne, en tant que MJ, en pensant que sa logique implacable ne pouvait que me faire flancher et donc faire flancher l'univers. Avec le recul je trouve cette situation assez amusante. Il m'a avoué après la partie qu'il trouvait difficile l'idée qu'un affrontement puisse être social, et surtout que les dés en décide l'issue car d'habitude nous jouons les tentatives de mensonge ou de conviction en "roleplay", c'est-à-dire que l'affrontement social passe si le MJ est convaincu par le joueur. (C'est une façon de jouer qui pour moi a toujours été absurde car on ne demande pas à un joueur qui joue un sportif de haut niveau de courir le 100 mètres par exemple)

- Stéphane à répugné plusieurs fois à mettre en scène la souffrance de son personnage, ce qui a rapidement limité son jeu. Il ne voulait pas que son personnage "passe son temps à s'apitoyer sur lui-même" ou à "jouer des flash-backs". J'ai trouvé cette pudeur touchante mais hors de propos.

- Jouer ses propres échecs (lorsque celui qui mène l'action réussit son jet de dé), et en général que ce soit celui qui ne mène pas l'action qui raconte comment tourne la situation (à l'avantage ou au désavantage de celui qui la mène) à été plutôt compliqué pour nous deux. C'est un sentiment désagréable dans un jeu où la maitrise de l'esthétique par les participants est si intéressante. De plus Stéphane m'a souligné qu'il trouvait l'idée des vétos frustrante, pour lui le fait que son personnage soit virtuellement immortel rendait l'idée de le blesser inutile par exemple, car ça ne représentait pas une menace. Il avait également souvent l'impression de "devoir faire le boulot du MJ"

En conclusion :

Malgré des points difficiles, j'ai apprécié la qualité de la fiction que nous avons crée et Stéphane a été agréablement interloqué par l'idée de maitriser autant le destin et l'image d'un personnage héroïque. Je pense que le choix d'une fin non violente de sa part montre son intérêt pour cette liberté sur l'histoire et de mon coté m'a agréablement surpris au vu des aspects belliqueux qui affleuraient à la création de son personnage. C'était intéressant de voir cette entreprise pharaonique se dégonfler comme un ballon sous sa propre absurdité, silencieusement, ses acteurs quittant simplement la scène tranquillement.

J'espère que nous aurons lui et moi l'occasion de reparler de cette expérience et qu'il sera partant pour la retenter.

Quelles sont vos impressions ? Comment auriez vous géré les problèmes que nous avons rencontré ? J'attends avec plaisir de vous lire.


PS : Je me rend compte en me relisant que je viens d'écrire une p***** de tartine de texte que j'espère ne pas être ni trop indigeste, ni inutile. J'essaierai d'être plus concis à l'avenir.
imajica
 
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Re: Monostatos (première partie) - La Tour sans Fin

Message par Fabien | L'Alcyon » 04 Mars 2013, 23:32

Salut Jonathan et merci pour ton rapport de partie !
Je me permettrai de l'inclure parmi les exemples de partie de Monostatos sur mon site parce que je le trouve excellent à tous points de vue: l'esthétique de l'univers et des personnages est superbe et tout à fait dans le canon, le personnage principal correspond bien à ce que j'avais en tête et je trouve vos questions vraiment pertinentes ! Quant à la longueur de ton texte, il ne me semble ni excessif ni difficile à lire (qui suis-je pour te juger après les rapports de partie que j'ai commis et récidivé ?).

Vos questions, donc.

Pour la puissance et surtout l'utilisation en cours de jeu de la singularité surhumaine, je crois que c'est un truc sur lequel se mettre d'accord au début, sinon en cours de partie. Elle est là pour marquer le fait que les personnages sont nettement au-dessus du commun des mortels, mais ils restent néanmoins des humains (mes modèles sont Ashitaka et Princesse Mononoke dans Princesse Mononoke d'Hayao Miyazaki).
Je crois qu'il est difficile de fixer une règle efficace sur la puissance des singularités surhumaines, j'ai vu des singularités difficilement surhumaines être utilisées à tout bout de champs et le contraire: une de mes plus belles parties a été avec une joueuse (Natacha, je te salue bien !) qui avait pris pour son personnage la singularité surhumaine "Voix de Dieu" qui sous-entendait qu'elle pouvait dire comment était le monde à l'image de la voix de Dieu qui crée le monde (Jean 1:1-5); c'était extrêmement puissant mais elle a su l'utiliser à bon escient et tout à fait dans le ton "pays biblique" du jeu.
Pour l'anecdote, dans une précédente version, toutes les singularités étaient « surhumaines » et les personnages en devenaient inhumains, impossible de s'identifier à eux même de près. De même, certains personnages dans d'anciennes versions avaient des singularités qui faisaient tout et c'en devenait pauvre. D'où le passage à ces deux types de singularités.

Concernant la succession des scènes, je ne suis pas sûr de la manière dont ça s'est joué entre Stéphane et toi. Le participant qui brosse le Tableau raconte en priorité mais les autres peuvent également intervenir quand ils le souhaitent pour jouer leur personnage ou ajouter des éléments à l'ensemble. Cela étant dit, un joueur peut tout à fait déclencher un conflit dans le Tableau brossé par le meneur et vis-versa (il ne peut pas gagner de points de Puissance, c'est tout) en racontant comment son personnage réagit à la situation décrite par le meneur.
Une autre manière de faire peut aussi être de terminer un Tableau rapidement et le joueur commence son Tableau suivant dans la même situation, juste après l'arrêt du précédent. Est-ce que ça répond à ta question ?

Concernant le jeu à deux, je confirme que c'est particulier. C'est vrai que c'est très exigeant pour le joueur, je n'ai pas de solution absolue. Le joueur peut aussi jouer rapidement en faisant moins d'effort que le meneur sur l'esthétique du jeu.
Les règles de Monostatos sont en fait fortement inspirées de S/Lay w/Me de Ron Edwards; Monostatos n'est au fond que la généralisation à trois ou quatre participants de ce jdr qui se joue à deux (et que tu connais bien si je ne me trompe). Je regrette de ne pas l'avoir mentionné dans les inspirations à la fin (une autre chose à corriger).

Il me semble tout à fait possible de ne jouer que des Affrontements sociaux, notamment en exploitant la possibilité de lancer deux dés plutôt qu'un en déployant des arguments. Si tu trouves qu'il ne rentre pas assez dans le lard du Culte, tu peux effectivement te montrer plus réactif. Il suffit de faire intervenir un prêtre de la Secte de l'Ether qui va engager le débat pour que la tension monte jusqu'au moment de l'Affrontement franc. Ca peut être quelque chose à discuter avec le joueur en cours de jeu.
De même, il est vrai que même si le meneur peut concéder un Affrontement parce qu'il trouve efficace l'argument du joueur, les règles ne sont pas faites pour cela tout le temps.

Concernant ton interprétation de l'influence de Monostatos, je la trouve très juste. C'est exactement ça le problème: tant que les esclaves ferment leur gueule et se soumettent, ils sont bien traités et pas trop malheureux. Mais seulement s'ils se soumettent !
Je suis tout à fait d'accord avec le fait de maintenir l'ambiguïté parce que ça contribue à amener les joueurs à s'interroger sur la nature du régime politique de Monostatos (et sur ce qu'il peut avoir en commun avec le nôtre).
Il est vrai que les règles imposent de jouer contre le Culte de Monostatos, mais le questionnement se trouve alors dans le fait de devoir endosser cette position et de la tester. On peut y adhérer ou pas (et dans ce dernier cas, rien ne vous force à jouer à Monostatos) mais je crois qu'elle vaut la peine d'être essayée !

Je crois qu'il ne faut pas qu'un joueur joue la souffrance de son personnage s'il ne le souhaite pas. Les règles n'y obligent pas, donc pas de problème.

Deux remarques concernant le fait de jouer ses propres échecs.
D'abord, cette règle est faite justement pour permettre au joueur de maîtriser l'esthétique de son personnage, de ne pas en être dépossédé par un jet de dés malchanceux. OK, les prêtres de la Secte du Fer me plaquent à terre et me pètent deux dents, mais je me débats comme un beau diable et j'en mets deux K.O. dans l'histoire !
Ensuite, concernant les véto, ça ne veut pas dire que le personnage ne prend pas de blessures, seulement qu'il ne prend des blessures que si le joueur l'accepte. Et comme cela ne le pénalise nullement ludiquement (uniquement fictionnellement), il peut se permettre d'en accepter tant que ça reste « cool ». On est bien d'accord que ceci est différent de la fin d'un Affrontement, où le meneur peut déborder son veto et blesser le personnage sans l'accord du joueur (avec la limite de ne pas le rendre injouable).

Est-ce que tout ceci répond à vos questions ?
J'ajoute que j'ai pris un vrai plaisir à te lire et à y répondre. Vous m'avez donné envie de rejouer à mon propre jeu que pourtant j'ai pratiqué tant et plus !

Je termine en disant que je réponds ici moins en tant qu'auteur du jeu que parce que je le connais par cœur (forcément). Que d'autres joueurs de Monostatos n'hésitent pas à intervenir et à donner leurs avis !
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Fabien | L'Alcyon
 
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Re: Monostatos (première partie) - La Tour sans Fin

Message par imajica » 06 Mars 2013, 22:23

Salut Fabien, merci pour ta réponse et ces compliments.

Je pense que la prochaine fois je laisserai Stéphane choisir la singularité surhumaine de son personnage sans le restreindre, en lui demandant simplement de ne pas en abuser pendant le jeu et on verra bien comment ça se passera. De même pour la succession des scènes, j'ai trouvé qu'interrompre la scène pour lui passer la main ne fonctionnait pas trop mal mais du coup je ne m'interdirai pas qu'un joueur intervienne dans la scène d'un autre à l'occasion.

Jouer à deux me plais de plus en plus, il y a vraiment une qualité dans l'intimité qui peut exister entre deux personnes qui créent une histoire et qui y livrent une partie d'elles-mêmes. Je crois que les thématiques du jeu : politique, révolte, affirmation de la vertu du personnage, créent un espace qui favorise cela, ou peut être est ce simplement l'exigence que demande aux joueurs la création d'une fiction en commun.

Je comprends que jouer ses propres échecs permet de maitriser l'esthétique de son personnage mais ce qui reste compliqué à vivre c'est de ne pas raconter le déroulement de l'action alors qu'on la mène, et ce que le jet de dé soit chanceux ou non.
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