[Innommable] Une cathédrale souillée

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[Innommable] Une cathédrale souillée

Message par Christoph » 12 Nov 2009, 15:15

Hello

J'ai refait une partie d'Innommable hier soir, en me basant sur la version ashcan (que je mettrai en ligne plus tard). Il y avait Caroline, Titus, Thierry et Zarina. Caroline en était à son premier jeu de rôle sur table, Thierry à son premier jeu de ce type (il a évoqué quelques difficultés à démarrer, mais semblait apprécier). Titus et Zarina avaient déjà joué quelque fois à des jeux avec moi, ni l'un ni l'autre n'a une grande expérience du jeu de rôle.

Nous avons utilisé la situation de Frédéric, Nihil, en la transposant à Lausanne, ville que nous connaissons tous très bien (dotée d'une très belle cathédrale d'ailleurs). Seule modification: 1d8 en moins. Il y avait donc 7d20, 5d12, 3d8 et 2d4 (le standard proposé par le texte).


L'histoire en gros

Titus jouait le Père Adam, prêtre très attaché à son rosaire qui lui a été donné par un autre prêtre (sorte de mentor) juste avant sa mort. Caroline jouait la vieille fille (âgée) d'en face de la cathédrale qui en pinçait pour le père Adam, son attache est son chat, seul véritable ami, et elle se fait appeler Eve. Zarina joue Aristène le fils de l'organiste mort, son attache est la correspondance postale qu'ils entretenaient dû à leur éloignement réciproque. Thierry jouait Jeffrey, un journaliste crasseux, dont l'attache était une cravate offerte par son ex-femme.
La police ne viendra jamais enquêter sur le crime. Très rapidement, les quatre se retrouvent dans la cathédrale. Les environs sont déserts, les gens s'étant entre-tués. Le père Adam a réussi à en sauver quelques uns et les as rassemblés dans le saint bâtiment. Mais rapidement, tout dégénère et les gens a l'intérieur mutent (tous sauf nos protagonistes) et se constituent en un culte pour Joris, l'auteur du livre qui prédit tous les événements depuis l'assassinat de l'organiste. S'ensuit une énorme pagaille avec moulte intervention divine et autres apparitions fantomatiques et dégueulasse.

Quelques combos et autres jolis coups

Je développe un peu la fin, parce qu'elle était ultra dense et bourrée de moments sympa.

Nous avons eu une suggestion qui a permis à Caroline de récupérer une épée sur la statue d'un saint, ce qui lui permet de se défendre efficacement. Pendant ce temps, Père Adam sortait la plus vieille Bible de la cathédrale, qui contenait des chapitres non reconnus dans le canon des Pères de l'Eglise. Titus propose qu'il faille un sacrifice humain pour vraiment exorciser cette présence démoniaque (il n'était pas obligé de dire cela, mais soit!) Il tente d'exécuter le rituel, mais Titus foire ses jets (Père Adam finit nu) Il décide de sacrifier son rosaire, qui a un valeur humaine dans le sens que c'est un lien avec son mentor. Réussite automatique donc, Titus décrit que Joris et ses sbires commencent à "clignoter": comme si leur présence dans la réalité n'était pas certaine (le livre aurait-il tort et ces gens n'existent pas?)
Pendant ce temps, l'organiste revenu à la vie (suite à une idée d'Eve/Caroline que j'ai pseudo-concrétisée en cochant des cases pour que les personnages le voient vraiment) arrive aux pieds d'Aristène. S'ensuit la discussion émouvante sur le fait que même si Joris était le vrai père, ce n'est pas lui qui l'avait aimé et élevé. Zarina ne s'y méprend pas et retourne sa veste contre Joris. Elle détruit la carte postale que lui a apporté l'organiste, pour signifier que la matérialité est inférieur aux souvenirs (ou un truc comme ça) et profite de la réussite automatique pour défoncer la tronche à Joris.
Jeffrey est en train de se démener comme un beau diable sur l'autel, on lui fait des incisions et des inscriptions au couteau.
Arrive une présence invisible, mais néanmoins très présente. Le Père Adam est sa première cible. Titus rate ses jets et décide de prendre un d4 pour faire intervenir un effet paranormal: Eve décolle, il lui pousse des ailes dans le dos et inspiré par cette vision, le Père Adam repousse l'obscurité et le froid qui l'engourdit. Je demande à Caroline si c'est okay: elle adore l'idée! Je lui suggère que cela peut être une "mort" (au sens technique) pour son personnage. Elle sourit et dit que ce serait une belle mort pour son personnage.
Jeffrey hurle et hurle sur son autel, et finit par déchirer sa cravate. Libéré du souvenir de sa femme (qui avait été probablement un peu abusive vu les allusions en cours de partie), il parvient à rejeter ses bourreaux et se remet debout.
Titus décide de sacrifier Père Adam pour obtenir la réussite de la dernière étape de son rituel: la présence est bannie et repoussée dans la dimension obscure d'où elle est venue!


Couleur

Pour une raison qui m'échappe un peu, tout le monde est resté dans la cathédrale sans que je ne les y contraint. J'avais pourtant donné quelques signes extérieurs au problème (les eaux du lac qui changent de couleur, les prisons et les asiles qui se vident de leurs détenus). Ils se sont eux-mêmes mis dans une situation de huis-clos.
Autre surprise intéressante: malgré les réussites automatiques à la fin, les actions correspondantes dans les événements imaginés étaient modestes. Ainsi Titus a par exemple sacrifié et le rosaire et le Père pour vraiment bannir la présence maléfique (alors qu'une réussite aurait techniquement suffi.) Il y avait donc un accord général et tacite sur la gravité de la menace, se basant uniquement sur ce qui a été joué jusque là. Ça me fait penser à certaines scène à Polaris, où les gens choisissent des actions sous-optimales dans le but de renforcer la crédibilité/tension/tragédie (je ne sais pas exactement quoi, mais voilà).
Dans une discussion récente, Ben Lehman m'a rendu attentif que ce genre de situations révèlent la Couleur ayant une influence importante sur les décisions ad hoc (c'est-à-dire celles où on n'a aucune règle ni principe formel pour nous guider). Cela me semble assez juste.

De mon côté, je n'ai pas autant tenté de buter du personnage que je l'aurais "dû". Nous étions pressés par le temps et j'ai donc avant tout dévoilé la situation comme un forcené (la partie n'a duré que 2h30) plutôt que d'agresser les gens. J'ai quand même failli buter Jeffrey et Père Adam. En revanche, Caroline a bien joué son attache et a eu de la moule aux dés, elle a fini avec juste quatre occurrences sur la liste pour Eve.
J'aime beaucoup la nouvelle option qui consiste à inclure l'attache du personnage quand on biffe une occurrence paire du nom (le cadavre du père adoptif qui donne la dernière carte postale non-postée à Aristène, la cravatte qui se resserre sur le cou de Jeffrey, par exemple) Si j'avais eu une heure de plus, j'aurais plus fait mijoter les personnages avec des coups de putes.

Je crois que le gros morceau maintenant c'est de trouver une économie adéquate pour la liste du sort, c'est pas mal, mais je ne suis pas encore sûr que ça tient comme il faut dans toutes les parties.
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Re: [Innommable] Une cathédrale souillée

Message par Frédéric » 12 Nov 2009, 16:15

Chouette ! Les joueurs ont été bien plus prompt au sacrifice que les miens !

J'adore voir comment à partir d'un seul scénar, deux parties donnent au final des histoires très différentes. ^^
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Re: [Innommable] Une cathédrale souillée

Message par Christoph » 26 Nov 2009, 00:22

Hello Frédéric

Je mettais en page ta situation mystérieuse Nihil, et quelque chose qui avait déjà été évoqué m'a frappé à nouveau. C'est un scénario de film de zombie.

Qu'est-ce que j'entends par là: ton scénario exprime l'horreur par la déliquescence de la société toute entière, progressivement, mais sûrement et va jusqu'à la quasi apocalypse (les joueurs ne peuvent pas empêcher cela d'arriver.) Destruction de l'ordre social et tout le toutim. C'est typiquement le genre de situations qui peuvent surgir de Zombie Cinema.

Indépendamment de ma volonté pour Innommable, je constate que Nihil a fonctionné à deux reprises.

Néanmoins, quand je l'ai fait jouer, nous avons d'un accord tacite fait un histoire en huis clos. Si je compare aux autres scénarios que j'ai fait jouer, c'est exactement ce qui se passait. En fait, il y a un principe qui guide le groupe de Delémont dans son jeu et sa création de scénarios (puisque Julien en a fait un également) qui me semble être le suivant: les protagonistes sont des pionniers, ce sont les premiers à se rendre compte de ce qui attend le reste de l'humanité. Seuls les profiteurs ou sectateurs ont déjà passé le point de non-retour. C'est le principe de toutes les nouvelles de Lovecraft et c'est normal qu'il se retrouve dans notre approche née de cette source d'inspiration.
Chaque scénario que nous avons joué se déroulait "en secret". L'île du nord de la Sibérie aux sous-marins nucléaires: même quand il y avait du grabuge dans la base, la population de l'île ne se rendait pas vraiment compte de ce qui se passait, encore moins la population russe. Le scénario à Chicago, années 20, se déroulait dans le monde de la pègre et toutes les scènes d'actions ont eu lieues dans des bâtiments fermés, voire à l'abandon. La plate-forme pétrolière est évidemment retirée du monde. Etc.

J'ai une série de questions que j'adresse à ceux qui ont joué plusieurs parties d'Innommable. Pas besoin d'y répondre dans ce fil ni tout de suite. C'est plus une liste de choses qui m'intéressent si jamais vous vous avez envie d'un angle pour un futur rapport de partie.

Y a-t-il quelque chose dans la structure des règles qui fait qu'un de ces deux types de situations mystérieuses (chaos ouvert / combat secret) serait plus adapté en général? Par exemple, la liste du sort: est-elle plus facile à appliquer si la situation est démesurée ou ne concerne que les protagonistes? Pour les monologues et suggestions y a-t-il un effet de surenchère qui bloque quand on démarre l'horreur en trombe comme cela peut être le cas dans Nihil? L'effet « huis clos » que nous avons adapté dans cette partie a eu pour effet de se couper du monde extérieur et de conférer un aspect secret à la suite de l'histoire (même si effectivement, il n'y avait plus grand monde à préserver de l'indicible vérité).

Pour cette raison, je ne vais pas encore mettre Nihil en ligne, je veux d'abord être plus sûr de mon coup.
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Re: [Innommable] Une cathédrale souillée

Message par Frédéric » 26 Nov 2009, 07:51

C'est une excellente question ! Je me pencherai dessus lors des prochaines parties.
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