Prosopopée - Le tourment

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Prosopopée - Le tourment

Message par Frédéric » 20 Juin 2010, 18:26

Dimanche dernier, Romaric, Christoph et moi avons joué une partie de Prosopopée, avec modifications importantes du système :
  • Il n'y a qu'un seul médium, les autres joueurs contrôlent chacun un personnage dit "secondaire".
  • Les personnages secondaires sont créés par une fonction et un adjectif.
  • Le médium ne peut toujours pas être la cause des problèmes ni les subir
  • Le médium n'a plus accès aux sacrifices
  • Il doit établir la cause possible avant de lancer les dés
  • Les personnages secondaires peuvent être responsables ou victimes d'un problème (donc ils peuvent être liés à un dé de Problème sur le cercle des couleurs)
  • Les personnages secondaires ont pour seules caractéristiques "valeurs" et "sacrifice". Ils ne peuvent résoudre un dP que si un autre joueur au moins les récompense d'un dé d'Offrande lorsqu'ils effectuent leurs narrations de résolution. Il faut qu'ils mettent en œuvre des valeurs morale ou un sacrifice (personnel ?). Les autres joueurs sont donc juges de la valeur de leurs actions ou de leurs sacrifices.
  • La métaphysique des Peintres et du tableau a été abandonnée.
  • On a ajouté quelques idées au cours de la partie pour affiner un peu l'approbation des propositions.
  • TOUT LE RESTE A ÉTÉ CONSERVÉ à peu de choses près

On a commencé une histoire qu'on a enrayé : le médium rencontrait des manchots (l'oiseau) carnivores tachés de sang dans une grotte... On a interrompu l'histoire sur ma demande pour partir sur une histoire plus conventionnelle afin d'éviter que l'aspect dâââârk et absurde de l'histoire sur laquelle on démarrait n'amène des biais dans le jugement des nouvelles techniques décrites au dessus.
On a repris à zéro.

***

Romaric jouait le médium : Celui qui garde le silence ("garder" au sens de protéger).
Christoph jouait : L'archiviste enchaîné
Je jouais : Le jeune sonneur de cloches
Paradigme : un coffret

C'est l'hiver, la neige tombe dehors, le jeune sonneur de cloches venait de sonner la fin de la journée, quand il découvre dans le clocher un coffret qu'il n'avait jamais vu auparavant. Il l'ouvre et y découvre... son regret. Il s'agit d'un homme enchaîné. Il referme le coffret. Et rentre chez lui. Là se trouve Celui qui garde le silence, dans un coin de la pièce. Le jeune sonneur de cloches ne le voit pas et pose le coffret. Celui qui garde le silence s'adresse alors à lui et lui demande ce qu'il a vu dans le coffret (si je me souviens bien). Le jeune sonneur de cloches est d'abord un peu effrayé et il lui demande qui il est, après quoi il récupère le coffret et l'ouvre et découvre qu'il est vide à présent. Celui qui garde le silence l'accuse d'avoir laissé s'enfuir son contenu et disparaît.

L'archiviste est enchaîné dans une pièce sombre. Mais les chaînes qui pendent à ses poignets et à ses chevilles le laissent libre de ses mouvements. Il trie et range de vieux ouvrages. Une silhouette translucide de l'apparence d'une enfant apparaît et lui demande : "pourquoi m'as-tu fait ça ?" Il détourne le sujet et explique qu'il purge sa peine ici et il fait tomber accidentellement une bougie sur un livre qui prend feu. Il éteint le feu (J'ai de légers trous de mémoire, donc je m'excuse d'avance pour les approximations). Celui qui garde le silence apparaît. Il explique à l'archiviste que ses chaînes n'existent pas réellement, qu'elles sont le fruit de son imagination. Il finit par le convaincre qu'il est libre et qu'il doit sortir de ce trou pour vivre et mener une véritable existence.

Le jeune sonneur de cloches sort de chez lui, il sait désormais quel est son regret, il pense qu'il doit expier pour réparer sa faute. En chemin, il rencontre l'archiviste et le reconnaît. Il lui explique que lui aussi est responsable de l'incendie et qu'il doit lui aussi purger sa peine. Il se rend alors dans la cellule que vient de quitter l'archiviste, mais celui-ci le saisit par le bras et lui explique qu'il vient d'en sortir car ce n'est pas une solution. Celui qui garde le silence s'étant rendu invisible, réapparaît pour participer à la conversation. Le sonneur de cloches insiste, mais l'archiviste parvient à le dissuader.

Le jeune sonneur de cloches décide d'aller sonner les cloches pour purger la souffrance liée à l'incendie, mais si une partie des fantômes des morts liés à cet incendie sont apaisés, la jeune fille reparaît et se transforme en un démon à la chevelure flamboyante et aux yeux vides. Elle dévore les âmes des villageois, sortis pour écouter la mélodie du clocher.
Celui qui garde le silence s'interpose et elle commence à le dévorer. L'archiviste voit ses chaînes reparaître, Celui qui garde le silence prend ses chaînes et les met dans son corps, le démon les avale en le dévorant et se dissout.

On voit alors l'archiviste dans une grange, faire l'amour avec sa petite amie, le jeune sonneur de cloche passe devant une charrette, mais est perturbé par quelque chose, il ne sait pas quoi, une charrette pleine de foin passe (et ne se renverse pas). Le couple fait tomber une bougie qui s'éteint en tombant au sol. On comprend que le bébé qui serait née suite à cette union, mais qui n'est pas né à cause de l'incendie est la petite fille qui est apparue dans la cellule de l'archiviste.

Fin de l'histoire

***

Remarques :
  • Bon, après une semaine, beaucoup de parties de JDR et de fatigue, ma mémoire de l'histoire est assez approximative. Rom et Christoph, n'hésitez pas à corriger les éléments importants que j'aurais déformé.
  • Certaines résolutions sont liées au fait qu'un joueur a lancé les dés, d'autres sont venues plus naturellement. Par exemple quand le sonneur de cloche est convaincu par l'archiviste et Celui qui garde le silence, j'ai seulement marqué mon accord et récompensé Christoph par un dO.
  • Chose amusante, les personnages secondaires sont en fait les protagonistes de l'histoire (ceux qui souffrent et auxquels on s'identifie), alors que le médium est le héros (celui qui les sauve).
  • Du fait que des joueurs possèdent des personnages autour desquels l'histoire tourne, la démarche créative est clairement différente, mais l'esthétique est préservée (même si c'est pas très flagrant dans mon CR).
  • Je pense que si on enlève le médium, on se retrouvera dans une histoire très proche des films de Miyazaki, je vais tester ça et permettre si ça fonctionne, qu'on joue avec un médium ou sans.
  • Romaric a joué un médium dans l'accompagnement des deux autres personnages, il les a poussés à comprendre la situation et à résoudre les problèmes et il s'est laissé dévorer pour sauver le village à la fin. (Mais ce n'est pas un sacrifice, il n'en a pas le droit, il reviendra au prochain épisode).
  • Le cercle des couleurs va changer pour refléter davantage les thématiques importantes pour cette nouvelle version.
  • Cette partie a, de notre avis à tous les trois (si je ne m'abuse), été la plus satisfaisante et la plus forte en émotion de toutes celles de Prosopopée qu'on a pu jouer.

Voilà, ce que je vais faire, désormais, c'est que je vais boucler le dernier PDF de Prosopopée, pour faire une version définitive de l'ancienne version sans ces dernières modifications et je cherche un nouveau nom pour cette nouvelle version, qui sera en fait un autre jeu. Je préfère poursuivre celui-ci, bien plus proche de ce que je recherche avec cette dimension dramatique, ces questions morales, ces sacrifices, tout en préservant l'esthétique si particulière de Prosopopée.
J'ai vraiment atteint cette forme d'histoires d'un personnage sage et désintéressé (façon Mushishi ou Ayakashi : Mononoke) qui aide avec désintéressement, des humains souffrant de situations problématiques liées à des drames humains et du "paranormal" que le médium connaît et sait combattre.
Je vais poursuivre les playtests pour bien affiner ce qui devra encore l'être, mais je suis très très très satisfait du cette partie.
Frédéric
 
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Re: Prosopopée - Le tourment

Message par Christoph » 28 Juin 2010, 16:02

Hello Fréd'

Ça ressemble assez à ce dont je me souviens!

Je mets en route un processus de réflexion (autrement dit: ça va me prendre trois plombes) qui porte sur les rôles que l'on rencontre dans Prosopopée "old school" et "new school" (j'avais commencé à écrire des choses à ce sujet pour le fil que tu avais ouvert dans ta rubrique, je vais essayer de synthétiser). Ton autre rapport de partie me donnera également du grain à moudre.

En attendant, j'ai toujours encore de la peine avec les définitions de protagoniste et de héros que tu donnes. D'une part tu distingues les deux (alors que souvent, protagoniste c'est juste une manière plus intello de dire héros) et d'autre part tu postules que l'on s'identifie à ceux qui souffrent. Je pense qu'il y a énormément de gens qui s'identifieront plus volontiers aux héros qu'aux protagonistes (en reprenant tes définitions). Mais peu importe, j'ai l'impression que ce n'est pas très important pour le jeu de rôle, car je suis sûr que Romaric s'identifiait plus à son perso qu'aux nôtres, du fait même qu'il le jouait. En fin de compte, peu importe qui s'identifie à qui, ce sont les fonctions dans la partie de ces types de personnages qu'il s'agit de comprendre pour la conception de ton jeu, pas leurs effets sur nos ressentis. Mais c'est sûr que "personnage secondaire" n'est pas une étiquette qui s'applique à nos deux personnages. Plutôt que de chercher un terme général, je te conseilles de chercher un nom qui colle bien à ton jeu, comme "médium" (qui me semble mieux que "héros").

Concernant le nom de cette nouvelle mouture, je te réitère une proposition faite pour Prosopopée, mais qui a probablement plus de sens avec la nouvelle version: trouve un nom en japonais et écris le texte pour des fans de tes sources manga (pas forcément rôlistes)! T'imagines le coup si tu arrives à te faire distribuer en librairies manga?
Innommable: hurlez.
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Re: Prosopopée - Le tourment

Message par Frédéric » 28 Juin 2010, 16:32

J'ai lu, je prends en compte ce que tu dis, j'y réfléchis déjà. ^^
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Re: Prosopopée - Le tourment

Message par Christoph » 01 Juil 2010, 15:38

Salut Frédéric

Je me permets d'importer une remarque du fil voisin, pour parler uniquement des aspects techniques de la résolution (et non des implications d'une multiplicité d'interprétation de l'espace imaginé et partagé en fin de partie, comme c'est le cas dans cet autre fil).

Ici Frédéric a écrit :(...) la trop grande part d'aléatoire nous a un peu saoulé au bout d'un moment (en tout cas Romaric et moi), donc on avait envie d'en finir depuis un moment et le système jouait contre nous. Là, pour la partie pictavienne, j'ai exploité l'idée de reprendre l'ancien système de médiations et de les chiffrer à 4, 5 et 6 pour le médium et 4 et 4 pour les autres PJ, comme tu me l'avais proposé. Je n'ai pas eu ce sentiment de frustration dû à l'accumulation d'échecs...
Comme en plus on peut modifier la valeur d'un dP, hors réussite parfaite, ça permet d'atténuer cet effet.


Le ras-le bol était en effet visible chez vous. Moi ça me motivait plutôt à continuer. C'est un peu comme si vous aviez une idée en tête de ce que vous vouliez raconter et que vous étiez contrarié que le jeu vous pousse vers autre chose.
Alors d'une part, tu peux en effet diminuer l'effet frustrant en agissant sur le système et les chances de réussite (tout à fait valable). J'appellerais ça la « voie de la maîtrise ».
D'autre part, tu peux garder le peu de contrôle, mais ajouter une progression plus importante (dans la voie de l'échec donc). Prosopopée propose une complication d'un problème naturel en cas d'échec, avec possibilité d'explorer plus loin. Ce n'est pas la même chose dans ton nouveau jeu, où un échec indique en fait essentiellement une stagnation dans le drame humain, même si les raisons techniques changent un peu. Je pense que dans le nouveau jeu, il faut que même un échec fasse progresser le drame, quitte à ce qu'il condamne définitivement la situation comme inextricable. Nous faisions du surplace, ce qui aurait aussi fini par me gonfler. Ceci donnerait lieu à la « voie de la perte de contrôle ».

En terme d'expérience de jeu, la première est plus sûre pour les joueurs. La deuxième donnerait lieu plus souvent à des sorties de la zone de confort (attention encore à ce que cela ne devienne pas frustrant, il y a une nuance). Si cette distinction s'avère avoir du poids (plutôt que d'être une lubie de mon esprit fébrile), alors c'est un choix fondamental pour la conception de ton jeu qui aura un impact très important sur la constitution de ton public cible. Les deux sont bons, il faut juste que tu sois cohérent et que tu puisses assumer l'un ou l'autre.

(J'ai eu une révélation similaire pour Innommable en discutant avec ma copine de la partie porno-hentaï-cancérigène que Fabien nous a maîtrisée. Si mon jeu pousse les gens trop souvent en dehors de la zone de confort, ce qui était clairement le cas pour moi dans cette partie, je me dois de leur donner des outils pour qu'ils se sentent accompagnés. Un jour j'en parlerai dans un fil dédié je pense.)
Innommable: hurlez.
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Re: Prosopopée - Le tourment

Message par Frédéric » 04 Juil 2010, 22:49

Ok, je crois que je vois bien ce que tu mets en avant.
Maîtrise et/ou Échec, donc, mais pas Perte de contrôle. L'histoire doit avancer même si on se foire.

De toutes façons, je pense que beaucoup de choses changeront par rapport à Prosopopée, donc, toutes ces remarques sont précieuses...
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