[Prosopopée] Parallèle vis-à-vis du travail du clown

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[Prosopopée] Parallèle vis-à-vis du travail du clown

Message par ShamZam » 16 Jan 2010, 02:49

En présentant le jeu Prosopée à mes amis (cf. CR Gare au poullox : viewtopic.php?f=3&t=1960&start=0), mais surtout en appuyant les bonnes pratiques qu'on m'avait distillé en convention, j'ai tiqué avec ma compagne sur le parallèle évident qui pouvait être fait entre ce jeu et le travail du clown.

Pour bien que vous compreniez ce que j'avance je vais vous expliquer un peu ce qu'est le travail du clown tel que je l'ai appris de Philippe et Christelle Rousseaux, clowns professionnels et formateurs.
Avec ma compagne, nous avons eu l'occasion de faire plus ou moins 2 stages de clown. La première chose qu'on a découvert, c'est que le travail de clown est très loin de ce qu'on peut penser et même voir des clowns de cirque. En effets ces derniers, en général ne font qu'un numéro. Or justement, le travail du clown, c'est ne rien préparer pour être ouvert à toute proposition venant de l'extérieur. D'ailleurs, cet extérieur est extrêmement important. Un petit rien peut devenir quelque chose d'énorme pour un clown si tant qu'il lui parle. Cet extérieur c'est aussi le public, le souffle qui anime le clown. Sans lui, il se meure, avec lui il respire, il vie et parfois il pleure mais toujours pour le bonheur du public. Lorsqu'un clown entre en scène, il a une mission. The mission. C'est l'objectif le plus important de sa vie. Il l'a choisit parce que c'est énorme pour lui et que c'est sans doute perdu d'avance. Mais justement, au niveau du clown, si c'est difficile ça veut dire qu'il va pouvoir essayer, rater, réessayer et ça sans arrêt. Il va pourvoir jouer ! Pour un clown, il n'y a rien de pire que de gagner. Par que gagner, c'est terminer le jeu, alors c'est mieux de perdre car c'est plus riche en expériences, en émotions et ça dur eplus longtemps. Au niveau de l'acteur sinon, une mission difficile c'est la possibilité de se mettre dans des états qui seront plus riches à exploiter pour faire vibrer le public. Pour l'avoir vécu dans la douleur, je puis vous assurer que c'est dans votre plus malheur mais votre grand naturel que le public rie. Tout ce qui est prévu pour faire rire foire. a moins que vous soyez un comique évidemment ! Mais qui est comme le quidam en la matière se vautrera. Par contre, ce qui plait au public, ce qui le fait rire et donc ce qui fait vivre le clown et l'invite à continuer, c'est s'offrir tel qu'il est sans réserve ni retenue. Au public de se faire son film, d'être touché ou de le trouver ridicule.

Je ne sais pas si j'ai été très clair,... les questions sont bienvenues si vous êtes intéressés.

Ce qui m'a fait penser donc que Prosopopée se rapproche du travail du clown, c'est que ces mécaniques sont proches des "règles" de vie du clown.
A la convention, j'ai causé un problème dans la narration en signifiant ma frustration de ne pas pouvoir interrompre un autre joueur qui racontait quelque chose qui n'allait pas du tout avec ce que j'avais ... prévu. On en a discuté et c'est je crois Julien qui mis le doigt dessus. A prosopopée, il est préférable de ne rien prévoir, pour surprendre les autres et surtout être surpris.
Donc 1er point commun : ne pas prévoir
Ensuite, s'il ne faut pas interrompre c'est aussi pour respecter le travail d'imagination de l'autre, pour rester ouverts à ses propositions qui viendront sans aucun doute enrichir l'histoire. A plusieurs mains, le conte n'en est que plus beau. Or sur scène, un clown doit rester toujours ouvert à son environnement, aux différents stimuli. Il doit les écouter et réagir. En tandem, quand l'un proposer, l'autre dispose, composer et proposer à son tour. Là aussi je me base sur du vécu de clown et non de la simple théorie.
2ème point commun : accepter les propositions d'autrui
Quand j'ai animé la partie de prosop avec mes amis, je n'ai pas cessé de le répéter, de le démontrer, de me pointer du toi quand justement je n'avais pas joué le jeu (involontairement). C'est d'ailleurs à force d'en causer que ma compagne on a commencé à réaliser ce qui nous travaillais : prosop ressemble au clown. Donc quand j'ai avancé cet argumentaire de l'acceptation, je n'avais pas encore en tête cette similitude, ou plutôt je ne l'avais pas consciemment. Je pense que mon discours s'est forcément basé sur mon expérience en tant que clown. Cette sensibilité, je pense que je l'aurais pas eu sinon.
Comme je vous l'ai dit, c'est le rire ou les réactions d'émotions du public qui font vivre le clown. S'il s'égare sur une piste qui ne provoque rien, ce n'est pas grave mais il doit arrêter car il est en train de se couper de son public. Ses relations à lui se cassent petit à petit. Au contraire lorsqu'il agit de sorte que tout le monde se bidonne ou est pris physiquement dans son jeu de clown, alors il doit persévérer car il approfondit alors sa relation.
Dans prosop, pour moi ça prend la forme des dés de récompense que l'on donne après une narration qui nous a plu. Or sans ces récompenses, on ne peut pas résoudre de conflit donc pas vraiment continuer la narration. Cette mécanique permet de rappeler à chaque joueur que l'histoire doit être une œuvre collaborative/commune.
3 & 4ème points commun : récompenser ce qu'on a aimé et œuvrer pour être plaire
Je rajouterais aussi qu'au travers du stage de clown, j'ai été sensibilisé au fait que tout un chacun ne réagit pas de la même manière devant une histoire, un film, un sketch de clown. Vous allez penser que cette explication enfonce une porte ouverte mais pourtant c'est tellement simple que ni moi, ni les autres élèves n'avions mesuré sa portée. D'ailleurs plutôt qu'un discours je vais vous citer un exemple bien qu'il soit assez personnel. Il est un peu touchant ou mièvre selon votre avis (votre film ?!) sur la question mais il est très parlant selon moi :
Un des éléèves passe sur scène et comme d'habitude il a du mal. Il vient depuis plusieurs dizaines de stages et travailler sur son clown est toujours aussi dur. ça se voit. En tant que clown, il est obligé d'abaisser des barrières et clairement, on le sent, il est dépressif et ça dure depuis longtemps. Il affiche donc toute sa tristesse dans un moment d'incertitude, d'angoisse sur scène. On le comprends et moi le premier sans doute, c'est pas juste un petit moment de doute, c'est quelque chose qui le renvoi directement à ce qui le fait souffrir chaque jour. Devant, ce spectacle, car oui c'est un spectavle de clown, il est naturel, il s'offre à nous tel qu'il est, certains se font chier, d'autres sont gênés mais l'un d'entre nous est pris dedans. A fond ! Et il se met à pleurer ! C'est l'émotion forte qui l'emporte pour lui. Etonnant, comment ce mec qu'on sentait un peu sur de lui craque juste après le grand gaillard... Perso, je reste surpris et à l'écoute curieux. Il explique après 2 moucheries qu'il voit dans notre grand gaillard, toute la tristesse qu'affichait son père... avant de suicider. Pam dans la gueule ! ça nous coupe les jambes et moi c'est un direct en pleine gueule. Je m'inscris au club des mauviettes et je fonds en larmes juste après. On a tous des choses à régler avec son passé moi c'est avec mon père que je les ai. Penser à sa mort sans qu'on les ai résolus ensemble c'est ce qui me fait perdre toute résistance.
Bon ranger vos mouchoirs, l'épisode larmoyant est fini et on peut revenir à mon argumentaire. Dans cet exemple, on peut voir clairement que J. s'est fait un film sur ce que JL lui renvoyait. Personne d'autres ne s'est fait ce même film tout simplement parce que personne d'autre n'avait un père dépressif qui s'est suicidé. Quand lui en parle, c'est moi part en vrille. Pourquoi ? Parce que ce qu'il dit me fait penser à mon propre père. Croyez-vous qu'à un seul moment que c'est par compassion que J. pleure ? Que moi je pleure ? Non. On est tous partis sur nos propres films. Certains pleurent devant un Monde meilleur, moi c'est devant le Roi Lion quand Simba perd son père. De ce fait, quand sur scène un clown fait rire ou pas son public, ce n'est pas parce qu'il est bon ou mauvais, c'est surtout parce que ce qu'il donne à voir parle au public. Il appartient ensuite au clown de s'améliorer en connaissant les éléments les plus communs mais jamais il n'est question de performances*.
Or dans Prosop, quand on récompense quelqu'un c'est bien parce que le film que l'on s'est fait à partir de la proposition nous a plu. On récompense donc une œuvre en duo et non l'autre. Aussi si je ne donne pas de dés à l'autre ,ce n'est pas qu'il est mauvais mais tout simplement que je ne parviens pas à me faire un film plaisant sur ce qu'il a du. La faute à qui alors ? Ben on s'en moque, le doute persiste et ça permet de ne pas se prendre la tête si on ne reçoit pas de dés. On ne se sent pas non plus obligé d'en donner.
5ème point commun : la récompense est liée au film de chacun sur l'histoire et non à la performance

* je n'ai guère évoquer cet apsect de la performance car le rapprochement n'est pas spécifiquement à faire avec prosop mais avec les JDRs. Ce sont en effet les seuls jeux (que je connaissent) où gagner et perdre sont écarter au profit de jouer.

Voilà pour cet argumentaire sur la ressemblance. J'espère ne pas avoir été trop confu. Les questions sont comme d'habitude les bienvenues. Fred si tu es intéressé, on peut en parler, par téléphone notamment ou sinon ici par écrit. Je pense que sans parler du travail de clown dans les règles, il peut être intéressant de développer certains axes comme conseils de jeu.
Dernière édition par ShamZam le 18 Jan 2010, 13:33, édité 1 fois.
Alex
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Re: [Prosopopée] Parallèle vis-à-vis du travail du clown

Message par Frédéric » 18 Jan 2010, 12:58

Merci, Alex, pour ce témoignage. Ça m'a touché.

Pour ma part, je ne connais rien d'autre que les clowns de cirque, ou les clowns de rue, mais je ne peux pas dire en avoir déjà vu beaucoup. Il s'agit de spectacle sans parole ?

D'une certaine manière, j'ai l'impression que ce que tu décris pourrais s'apparenter aux mécaniques d'impro : http://ptgptb.free.fr/daedalus/impro.htm
Frédéric
 
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