[Psychodrame] De l'importance des dilemmes

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[Psychodrame] De l'importance des dilemmes

Message par Frédéric » 09 Juil 2008, 12:33

J'ai joué deux parties de Psychodrame ce weekend, assez différentes, qui m'ont permi de relever un point très important :

Psychodrame n'a d'intérêt que s'il épouse des dilemmes.

Je vais ici développer la partie du vendredi 4 juillet.
J'ai joué avec Pedro, Laurent et Cyril. Très investis et très motivés. Les deux premiers avaient déjà joué aux 24h du JDR.

Je leur ai proposé trois alternatives : soit jouer des personnages pré-tirés autour d'un problème dramatique : le fils de la famille est atteint de mucoviscidose et veut en finir avec la vie, comment ses proches vont-ils le prendre ?
J'ai développé 6 personnages aux idées divergentes et aux liens forts, bâtis sur des paradoxes.

Le sujet n'a pas eu de succès, il restait donc deux alternatives : créer de toutes pièces un problème dramatique ou créer de toutes pièces un problème qui se prêterait plutôt à la comédie...

Et là, grosse difficulté, je n'ai pas réussi à faire comprendre que le Problème principal devait rendre les situations complexes au point de créer des dilemmes pour les protagonistes.
Nous avions deux problèmes en vue :
- Une prise d'otage dans une école
- Un accident suspect dans une maison de retraite

Nous avons élu le deuxième car j'étais vraiment sceptique sur l'intérêt du premier dans ce jeu, mais j'aurai du l'être également concernant ce deuxième problème. Je vais vous expliquer pourquoi.


Voici les différents conflits qui ont été joués :
1- Albert Heinsteing, le directeur de la maison de retraite s'étant engueulé avec la défunte autour du moment de sa mort et soucieux de protéger la renommée de son établissement décide que le corps doit passer par le parcours habituel en cas de décès naturel en hospice. Mais l'époux de la défunte et un autre pensionnaire sachant que le directeur et l'infirmière ont une relation adultère dont la défunte avait connaissance veulent appeler la police afin de leur faire part de leurs soupçons.

2- La police arrive, Robert Briali fait peser la menace de la révélation de tout cela à la police sur le directeur afin de le jauger. Mais on découvre que le Robert en question avait une relation avec la défunte. Il ne dira donc rien à la police, car les autres lui font du chantage en lui disant que de par sa relation, il a un mobile tout aussi incofortable que les autres. (Notons qu'il y a eu vice de procédure, étant donné que c'est un joueur tiers qui a inventé ce trait pour Robert, alors que ça n'avait aucun lien direct avec la fiction jouée. Je suis complètement impliqué dans ce vice de procédure, car je trouvais qu'il fallait compliquer la situation, mais ça ne devrait pas se produire).

Et là, le club ferme, donc on finit l'histoire "à l'amiable" en décidant qu'après les inimitiés engendrées, l'accident est la seule piste retenue par la police, mais l'adultère s'étant dévoilé, le directeur est contraint de divorcer et épouse l'infirmière...


Du fait que nos personnages n'aient que très peu de relations fortes, mis à part entre l'infirmière et le directeur, les conflits se sont transformés en bataille rangée, avec d'un côté les pensionnaires, de l'autre le directeur et l'infirmière. Et Nous avons pioché à outrance pour remporter les conflits étant donné qu'il n'y avait rien d'autre à perdre.

Aussi à un moment, j'ai rompu le cycle en m'attaquant, moi qui était l'infirmière, au directeur pour essayer de développer notre amour. Une fois la révélation faite de notre adultère, je me suis tourné vers lui en lui disant "mais c'est moi que tu aimes le plus, n'est-ce pas ?" C'était une attaque "de coeur", et le directeur a tout fait pour me rassurer, ce qui fait que j'ai gagné des points dans mon émotion d'amour à la fin du conflit.
J'ai d'ailleurs joué tout au long de la partie un personnage qui tentait d'arranger les choses et cela a eu beaucoup d'effets positifs sur le dénouement.
A partir du moment où Robert s'est retrouvé avec un trait qui le mettait en confrontation avec Jean Claude (l'autre pensionnaire), les conflits sont devenus plus intéressants, car ils étaient moins unilatéraux.

On s'est bien poilés tout au long de la partie malgré le manque de dilemmes, mais le jeu n'est pas fait pour les batailles rangées, j'en ai bien pris conscience.

Le problème de l'héritage lors des 24h du JDR avait bien fonctionné, car tous les protagonistes sont liés par la famille, l'amour ou l'amitié, forts et parfois ambigus. Donc chaque personnage peut en attaquer plusieurs et les alliances changent continuellement.

il me faut donc définir précisément quels types de problèmes peuvent être abordés pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise.

Aussi, je prends vos avis et tout ce que vous avez autour de la question du dilemme.
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Message par Christoph » 09 Juil 2008, 15:34

Salut Frédéric!

Ca me semble plutôt un rapport de playtest, vu que tes réflexions vont directement contribuer à l'élaboration du texte (du moins je l'imagine), qu'en penses-tu?

Je trouve très intéressant que la fiction, ici le type de problème initial, ait un tel poids dans le succès d'une partie. Ici, deux points ont directement élevé des soupçons quand j'ai lu ton rapport, et après réflexion, les voici:
Le premier point qui me semble louche, c'est l'aspect mystérieux de la formulation du problème. Un accident suspect? En quoi est-il suspect? Les personnages peuvent-ils émettre le moindre jugement les uns au sujet des autres tant que la suspicion n'est pas levée? Si non, on est très mal barré pour Psychodrame, si oui, on doit attendre la révélation avant qu'on ne puisse clairement commencer le jeu. Tant que les joueurs ne connaissent pas le problème, il est très difficile de formuler des jugements à l'encontre des personnages, ce qui est vraiment le coeur du jeu. Le syndrome du "scénario d'enquête" a frappé (il est redoutable et sournois!)
Un deuxième point qui m'a semblé un peu étrange avec votre problème, c'est que les personnages y étaient mal liés, comme tu le soulèves. Pourtant il y aurait eu un problème intéressant entre le directeur, son épouse et l'infirmière (rien à voir avec la mort suspecte soit dit en passant). Si j'ai bien compris, l'épouse n'était pas un personnage-joueur et ne pouvait donc pas réellement vous opposer dans un conflit. J'essaie de mettre le doigt sur le fait que le problème met des personnages en mouvement et que ceux-ci doivent donc pouvoir être mus. Le problème dans la fiction ne pouvait pas trouver de bases au niveau des joueurs.
Il y a peut-être un troisième point qui rejoint encore ce que tu dis (je ne fais que reformuler des choses que tu as écrites pour ma propre compréhension et mes noirs desseins): un problème dans un hospice... ça se règle à l'amiable ou au tribunal, non? Il se pourrait donc que les problèmes publics n'aient pas leur place dans Psychodrame.

Tu peux en retirer des principes je pense. Je verrais bien quelques dogmes du type "Pas de mystères!", "Un protagoniste, un joueur!" et "Touche pas à ma sphère privée!"
On pourrait ensuite aller manifester dans des conventions avec des panneaux et des drapeaux.
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Message par Frédéric » 09 Juil 2008, 17:08

Oui, tu peux déplacer le sujet dans Playtests, je pense qu'il sera plus à sa place.

Et du coup, peut être que drame vs comédie y serait plus à sa place également vu la tournure qu'a pris la discussion.

Tout ce que tu soulèves est vrai.
J'ai eu la désagréable impression qu'on partait vers une partie enquête. Mais j'ai eu beaucoup de mal à faire comprendre ce qui était au coeur d'un problème "Psychodramatique". J'ai donc lancé la partie malgré un problème bancal en étant attentif à l'impact que cela aurait sur la partie. C'était une expérience au final.
Je leur ai dit qu'on ne pouvait pas jouer un cluedo, donc on a dévié de l'idée d'enquête.
Le caractère suspect de l'accident est en effet de trop.
En effet, les personnages avaient des liens un peu frêles, et si on avait joué une histoire d'adultère (directeur, sa femme et l'infirmière) là on aurait eu un problème adéquat. Et c'est quand la partie s'est orientée vers ça qu'elle est devenue plus croustillante, mais le problème d'adultère qui a été listé dans les problèmes qu'on aurait eu envie de jouer avant la partie n'a pas eu suffisamment de succès (paradoxal, hein ?) pour être élu.

Enfin, tu as raison, il faut des problèmes intimes, privés et non des problèmes publics.

L'idée des principes de base est pas mal du tout, mais je pense qu'il faudra les utiliser pour consolider une définition des problèmes "valables".

Je pense qu'il y a un truc à saisir, mais c'est encore flou dans ma tête. Une controverse, ça le fait toujours, mais avec en plus des liens familiaux ou amicaux forts, ça tue.
Pour ceux qui veulent éviter la controverse, c'est là que ça me semble plus délicat : se disputer un héritage, c'est pas très impliquant, il faut donc des liens familiaux complexes... j'ai un peu peur que parfois les joueurs aient du mal à composer un problème solide voire, tout simplement un problème qui fonctionne dans le jeu et qui ne foute pas en l'air la partie en étant inadéquat.

***

Au début de chaque conflit il faut établir un enjeu. Ce point là était extrêmement flou, je n'arrivais pas à faire comprendre aux joueurs ce que j'attendais d'eux. Puis un jour, j'ai dit à un joueur : l'enjeu, c'est ce que ton personnage veut obtenir à l'issue de ce conflit et que d'autres te disputeront ou ne voudront pas te laisser. Depuis, les joueurs n'ont plus aucune difficulté à inventer des enjeux.

Pour le problème, il faut vraiment un truc béton (je pourrai peut être être assez didactique sur la façon de les créer, mais c'est encore trop flou dans ma tête.

N'hésitez pas à me demander de préciser tout ce que vous voulez.


P.S. :
Christoph a écrit :Tu peux en retirer des principes je pense. Je verrais bien quelques dogmes du type "Pas de mystères!", "Un protagoniste, un joueur!" et "Touche pas à ma sphère privée!"
On pourrait ensuite aller manifester dans des conventions avec des panneaux et des drapeaux.

:D :D :D
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Message par Frédéric » 13 Juil 2008, 01:52

Voici après une longue discussion la définition que nous avons donnée du Problème (ce n'est pas encore bien rédigé, donc je vous donne l'idée un peu brut de décoffrage) :
- Est un sujet ou un objet de disputes potentielles
- Peut être sujet à controverse
- Le problème ne doit pas être secret
- Ne doit pas être tranché d'avance
- Doit être difficile à résoudre pour des raisons de choix
- Doit relever du domaine privé et non public
- Pas d'enquête
- Pas de question de survie

Ensuite, pour développer le problème en situation initiale, nous avons noté :
- Tous les personnages doivent avoir des relations fortes
- Pas de mystère (hormis les éventuels traits secrets)
- Le problème ne doit pas tourner autour d'un personnage secondaire (PNJ)
- Doit être source de dilemmes


Je pense qu'avec le principe du sujet ou objet de dispute, on tient cette base simple et intuitive que je recherchais.

Voilà, un petit compte-rendu de l'évolution du jeu. Je suis tout à fait disposé à continuer le développement de ce fil, car je n'ai aucune assurance que nos réflexions soient abouties.
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